à 48 heures de jeûne

Bonjour, c’est Nina.

Habitudes acquises d’hygiène alimentaire :

  • depuis plus d’un an, je bois un jus de légumes/fruits fraîchement extraits (environ 1 litre/jour)
  • Depuis 10 mois, j’ai abandonné le petit déjeuner pour laisser à mon système de nettoyage automatique le temps de continuer le plus possible son travail.
  • J’ai l’habitude bien ancrée depuis 6 mois de ne plus faire aucun repas dans la journée, de manger une seule fois par jour (le soir).
  • Depuis 10 ans, je suis plutôt végétarienne, ne mangeant de la viande que très très occasionnellement (6 fois par an).

inconvénients de ce rythme :

  • je me suis passée facilement de petit déjeuner. Les premiers temps, je ressentais juste un inconfort dans l’estomac, j’ai méprisé ma prétendu faiblesse et ensuite je me suis très bien habituée, j’ai OUBLIÉ le petit déjeuner.
  • parfois, je prends des fruits quand même dans l’après-midi, voire du chocolat pour la tête (beaucoup de chocolat). Le chocolat est une drogue pour moi. C’est bizarre parce que parfois je n’en mange pas pendant des semaines.
  • Les fins de semaines, je n’ai pas le même rythme. Le brunch du samedi est sacré et du coup, le dîner saute. Idem le dimanche.

 

Avec cette condition physiologique, j’ai entrepris plusieurs petits jeûnes de 24 heures et un de 36 heures durant ces 6 derniers mois. Pendant ces premiers mini-jeûnes, j’ai ressenti les symptômes d’intoxication suivants :

  • mal de tête assez intense mais toujours supporté, même la nuit (à cause de la suppression du thé et de mon stimulant préféré, le chocolat !).
  • quelques vertiges si je me lève trop vite
  • langue et haleine chargée mais qui y échapperait ?
  • courbatures intenses dans les jambes, mal au bas du dos
  • une difficulté à dormir et quelques crampes sous le pied (là où j’y suis sujette).
  • une intense envie de manger comme si c’était un besoin irrépressible et à laquelle je n’ai pas pu résister (c’est la raison pour laquelle j’ai arrêté le jeûne de 36 heures)
  • j’ai toujours gardé une activité normale, conduisant 300 kms le 1er jours, marchant même le 2ème jour une douzaine de kilomètres, étant enthousiaste jamais de dépression.

 

Voilà comment j’arrive ce jour à ma 48ème heure de jeûne :

  • je n’ai pas décidé combien de temps il durerait mais j’ai bien l’intention d’aller jusqu’à 1.- ne plus ressentir la morsure de mon estomac qui réclame ses carrés de chocolat et son fromage poivré 2.- ressentir la vraie faim après avoir traversé toutes les aventures de mon jeûne.
  • Je veux éliminer certains petits problèmes que j’ai et je veux expérimenter leur disparition ad vitam aeternam.
  • Mes symptômes sont beaucoup plus légers cette fois que les premières fois (pour l’instant) :  1.- pas de mal de tête 2.-  pas de courbatures 3.-  une terrible envie de manger n’importe quoi, ce à quoi je résisterai cette fois pour avoir le bonheur de ressentir la non-envie voire le dégoût de l’alimentation.
  • Pour l’instant je continue à travailler (pas ce week-end bien sûr). Je me suis arrangée pour que ma crise d’acidose coïncide avec le week-end. Et lundi, je retourne au travail. Je me suis prévu une journée cool.
  • Je reviendrai bien sûr demain pour tenir ce journal de jeûne.

 

Mon fils de 30 ans a 24 heures de retard sur moi car il a décidé de faire un jeûne pour éliminer plusieurs problèmes qu’il a.

Bons baisers d’Istanbul.

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Burn-out, le point de non retour

Salut c’est Nina,

Hier, je devais partir en voyage et au dernier moment, j’ai renoncé. Ce voyage, c’était encore donner de mon énergie et plus de deux ans après le jour de ma défaite, je n’en ai pas encore suffisamment. J’en ai à peine pour m’occuper de moi et de mon fils, dans cet ordre.

Une dépression nerveuse (aujourd’hui plus communément appelée « burn out ») est une limite vers laquelle aucun employeur ne devrait avoir le droit de vous pousser sous peine de commettre un délit. Bien sûr, vous-même devriez détecter le point de non retour mais malheureusement, ce n’est pas voire jamais évident de s’en rendre compte. Par contre, une fois que vous avez touché puis dépassé les limites, je vous assure que vous savez exactement où elles sont et que vous ferez ce qu’il faut pour ne pas les re-franchir.

Mais alors, le mal est fait. Vos capacités sont diminuées pour un temps indéfini. Au début, vous pensez que vous allez retrouver votre ancienne force et que vous pourrez de nouveau cravacher…tout en faisant attention cette fois. Heureusement pour vous, le corps est bien fait et ne vous laissera pas faire car il ne reviendra pas comme avant : il sait que s’il récupère totalement, de nouveau vous allez lui faire revivre l’enfer car vous ne serez pas raisonnable.

Une dépression nerveuse est plus parlante qu’un burn-out. Burn out, c’est brûler toutes ses réserves d’énergie sans en laisser aucune, sans recharge possible. Une dépression nerveuse suggère qu’il y a une baisse de capacité à supporter mais que peut-être on pourra récupérer normalement. Une dépression c’est passager.

J’aime mieux le français. C’est plus positif.

Dépression nerveuse, c’est ce que j’ai ressenti. J’ai très bien vu et senti que mes nerfs étaient atteints peu à peu, que je supportais de moins en moins de choses, de gens, de lumière, de bruits, de sollicitations quelles qu’elles soient. J’ai eu des prémisses. Crise d’urticaire en entendant un son honni moralement (celui de la prière des fidèles d’Allah), plaques d’eczéma ou de psoriasis de plus en plus grandes et de moins en moins guérissables,  sommeil entrecoupé d’angoisses justifiées ou non, des douleurs physiques intenses non expliquées et donc non soignées, allergies à des tissus synthétiques, baisse d’efficacité jusqu’au néant, jusqu’à ce que je m’en fiche complètement du travail, tout en étant là et en faisant semblant de faire quelque chose, intolérance graduelle à la douleur physique jusqu’à ne plus supporter l’épilation ou de me couper avec une feuille de papier, incapacité de ranger mes affaires, d’échelonner les tâches, de déterminer l’essentiel, incapacité d’aimer encore, de donner, d’apprécier le soleil ou un bon plat, une impatience sans limite, une vie de larmes et de souffrance.

Est-il possible de passer au dessous du degré zéro,  de l’encéphalogramme plat, du battement de coeur à l’économie ?

Oui.

Au dessous, il y a encore la menace du suicide ou plutôt ce que je considère comme la dernière chance pour arrêter ce massacre, le dénigrement permanent de soi et des autres, le sabotage de mon travail et de ma vie.

Solution : il est urgent, obligatoire et sans appel d’arrêter absolument sans délai tout ce qui vous a mené là. Si ce n’est pas possible, alors il faut arrêter tout quand même. Si vous êtes indispensable, arrêtez. Si vous voyez que tout va périr sans vous, tout va couler, arrêtez. Votre vie et votre santé sont plus importantes. Et même si vous ne voyez pas comment tout de suite, vous comprendrez plus tard mais pour vous maintenant, un seul mot d’ordre : ARRÊTEZ.

Si vous allez jusqu’au bout, si vous descendez jusqu’à zéro ou bien si vous sombrez encore en dessous, la remontée sera longue, très longue et vous ne remonterez jamais aux sommets que vous avez connu. Votre faiblesse fera partie de vous comme une vieille peau que vous ne pourrez plus quitter, votre capital intellectuel sera atteint et vos capacités cognitives aussi. Il est urgent de ne plus rien faire car si vous arrêtez avant qu’il ne soit trop tard, vous récupèrerez vos forces, votre énergie, votre envie de vivre mais vous vous ferez conseiller cette fois pour en faire bon usage cette fois.

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Inutile de culpabiliser. La société et le moule dans lequel elle nous oblige à nous modeler est en grande partie responsable de votre état. Mais la partie restante, c’est vous qui êtes responsable de vous-même.

Pour illustrer mon propos, sachez que je me sens encore diminuée, capable de plus de choses qu’après ma dépression nerveuse mais pas d’autant de choses qu’avant et que je suis heureuse lorsque je me rends compte que des choses bougent, rentrent dans un ordre plus acceptable pour moi. Je peux à nouveau planifier un voyage sans trop me fatiguer (même si j’ai annulé celui d’hier), je peux travailler à mon rythme et même me concentrer, je peux lire un livre et suivre un film, je peux faire la cuisine.

Tout cela à petites doses pour ne pas exagérer, comme une convalescente. La société actuelle ne laisse plus de place à la convalescence et c’est dommage. C’est le moyen pourtant le plus efficace de récupérer ses forces et de repartir. Juste se soigner et repartir tout de suite vous fragilise. La convalescence est longue et essentielle.

Bons baisers de Beylerbey.

 

Continuer à écrire sans culpabiliser de ses abandons

C’est le meilleur moyen de revenir.

Vous pensiez que je vous avais oubliée et qu’après trois articles, je disparaîtrais à jamais dans les oubliettes plus fournies que tous les blogs bien remplis et suivis. Tant de personnes s’essayent au blog, à l’écriture et arrêtent, tout de suite. D’abord très motivés, puis plus velléitaires, ils oublient de revenir, procrastinant toujours et encore.

Et bien j’avoue que cela m’a effleurée.

Pour une seule raison : je n’accepte pas de ne pas être experte en quelque chose. C’est une grande souffrance. A peine commencé, je voudrais devenir non pas célèbre parce que de cela je me fiche un peu mais surtout experte. Tout connaître, tout savoir, être au top et maîtriser toutes les techniques en un temps record. Ce qui n’est pas possible donc frustrant. Et je pense que c’est le problème de pas mal de monde, ce qui en ferait un problème de société actuelle. Tout, tout de suite…

J’ai lu un article qui disait qu’il fallait environ 10 ans pour être expert dans une matière. Alors je me dis que si j’avais commencé il y a dix ans, ce serait chose faite et me lamente en me demandant pourquoi je n’ai pas commencé il y a dix ans. Mais alors à l’époque, je me serais dit la même chose. Et dix ans encore auparavant, je me serais dit que j’aurais pu commencer à 20 ans sauf qu’internet n’existait pas et que ce n’était pas possible. Oui mais alors, j’aurais pu commencer dès les premières années d’internet au lieu de perdre du temps.

Oui eh bien c’est comme ça.

Je commence aujourd’hui ou bien il y a trois semaines, waoh déjà ? Oui mais si j’avais écrit tous les jours depuis trois semaines, mon blog serait bien avancé et n’aurait plus l’air d’être tout neuf ! Oh, ça suffit !

Tout cela n’est pas grave. Une solution : s’y mettre sans trop se poser de questions. J’ai abandonné pendant deux semaines, découragée de ne pas être experte ? Ce n’est pas très grave. Vais-je me faire engueuler ? Non. Vais-je perdre quelque chose de précieux ? Non. Vais-je mourir ? Non. Alors… avance. Reprends là où tu l’as laissé et ne cherche pas à te culpabiliser ou bien te morigéner trop hargneusement. Ne t’insulte pas en secret car tout cela est négatif. Aime-toi et avance. Tu as des raisons que ton conscient ignore. Tu n’as pas pu, tu as eu peur, tu n’as pas eu le temps, tu as été faible et aujourd’hui tu reviens pour dire ce que tu as dans les tripes.

Me revoilà donc pour écrire quelques belles choses selon mon coeur.

Bons baisers d’Ankara, une ancienne ville romaine sur la route de Perse, on ne le sait pas assez.

Ankara city

Ankara (source)

#02

Pour comprendre la racine du drame, il faudra bien sûr revenir en arrière. Cela prendra beaucoup de temps et vous ennuiera certainement.  Mais c’est ce qui permettra aussi de savoir là où tout a déraillé. Savoir d’où vient la première erreur qui enclenche la cascade de toutes les autres permettra de mieux l’identifier pour l’éviter. Notez bien que les erreurs peuvent se cacher sous une autre forme et qu’il faut donc être vigilant pour la démasquer à tout moment de sa vie, depuis très tôt. Quelques petites notions tout de suite, très importantes :

1.- restez le plus possible sur votre route (les bas-côtés ont l’air plus amusants mais ne sont que mensonges), Les bas-côtés sont plus bas comme leur nom l’indique et il est difficile d’en remonter. Une fois remonté, on n’est jamais à l’abri d’y retomber comme si le mauvais pli avait été pris.

2.- ne déviez pas votre trajectoire (celle que vous vous fixez en toute liberté, sans contrainte et pas celle qu’on décide pour vous),

3.- sachez ce que vous voulez et le plus tôt possible dans votre vie (renseignez-vous, intéressez-vous, débarrassez-vous de cette contingence pour pouvoir mieux vous consacrer à votre but une fois déterminé) et ne laissez personne décider à votre place.

4.- tenez-vous y. C’est parfois très fastidieux et même rabat-joie mais vos ailes ne brûleront pas et vous ne tomberez pas.

cage oiseaux

Mais remontons avant le drame. Tellement longtemps avant que cela n’a même pas l’air d’être connecté… 13 ans avant, en 1980

Mes parents m’interdisaient absolument tout. Pour des raisons qui m’ont été expliquées mais que je n’ai jamais comprises, d’abord on me priva d’argent de poche. A 14 ans, alors que je passai en première année de lycée, mon père commença à me donner à peine de quoi prendre 2 petits cafés tous les quinze jours pour accompagner mes camarades de classe après la cantine du midi.  Une de mes amies plus âgées ayant compris mon embarras m’offrait souvent et discrètement ces cafés qui me faisaient cruellement défaut pour me sentir comme les autres, à un âge bête où c’est important et où la sociabilité se construit avec ces moments partagés.

Quelle souffrance alors ! Ne rien pouvoir faire créait une frustration immense qui ne pouvait être exprimée d’aucune manière. Mes parents n’étaient pas d’accord pour que j’aie plus et le sujet était clos. Cette incurie n’était même pas justifiée par des problèmes d’argent de mes parents qui en avaient plus que nécessaire !

Cela me semblait d’autant plus injuste que ma mère, qui ne travaillait pas,  passait ses journées à s’acheter des disques, des vêtements, tout un tas de choses auxquelles je ne pouvais pas accéder. En plus, il était de règle qu’elle ne me prêtait rien du tout. C’était le tabou le plus absolu que d’utiliser un de ses foulards ou d’emprunter un de ses disques. Tout ceci renforçait encore mon insatisfaction permanente.

Bien sûr, les parents de mes amies d’école leur achetaient des pulls Benetton (mon rêve le plus absolu de l’époque bordeaux/jaune pâle/gris clair) que je n’ai jamais pu avoir. Je rêvais de Kickers, je n’en avais pas une seule paire. Je lorgnais sur leurs affaires de sport bleu marine règlementaire, élégantes, légères. Je n’avais qu’un vieux survêtement sans marque, en velours rasé, très informe et blanc (l’autre couleur autorisée). J’étais la seule en blanc, à me faire remarquer alors que je me sentais moche dans mon éternel survêtement sans classe. De plus, ma mère m’affublait de vêtements trouvés dans des boutiques de village dont un bonnet de laine bleue, grosse maille à oreilles ET pompon énorme. J’étais la risée de toute la classe à l’heure du bonnet à maille fine qui ne couvrait pas les oreilles… et ma mère me répondait que c’était parce qu’ils me jalousaient ! Le faisait-elle exprès ?

Ajoutez à cela l’âge ingrat, l’acné et la nécessaire timidité de l’âge et du physique mal assumé, j’étais armée pour la vie !

J’ai conscience que tout cela devrait être dit sur un divan mais justement, les psy ne me sont ni ne peuvent m’être d’aucune utilité. Ils sont bien trop bornés dans leurs croyances pour m’écouter jusqu’au bout.

 

#01

Bonjour c’est Nina,

C’est ce dimanche 15 octobre 2017,  après ces trois années d’errance, que nous venons d’installer le dernier meuble de notre maison,  le bureau de mon fils Nicolai Alexeïevitch M. qui était aussi celui de Piotr Nikolaïevitch M. son arrière grand père. Il n’est pas très discret ni très actuel, loin de l’esprit Ikea si tant est qu’il en eut un. D’une taille imposante, un beau bureau de chêne plaqué de bois de rose, de mahogany et tulipier, pourvu de marqueterie d’ébène, quelques montures en bronze, il trouve parfaitement sa place dans la pièce principale, au premier étage de notre maison ancienne, face au Bosphore.

Bureau de Piotr Nikolaievitch
Bureau de Piotr Nikolaïevitch mon grand-père et maintenant de Nicolai Alexeïevitch mon fils

C’est à ce bureau que je m’installe ce matin et que je reprends ma résolution d’écrire. Je suis intimement convaincue que je dois transmettre ce qui nous est arrivé. La raison principale est que cela puisse servir à d’autres, même si ce n’est qu’à une seule personne concernée par le même sujet qui me lira. Il s’agit d’approcher d’un sujet tellement grave que ce n’est pas racontable en un seul post. Je dois vous amener petit à petit à comprendre les mécanismes de notre parcours pour que, si vous êtes dans ce même cas (rare heureusement), vous puissiez vous protéger selon l’adage « un homme averti en vaut deux ». Et malgré cet avertissement, ce ne sera pas un gage de réussite à l’évitement car nous savons tous que l’expérience des autres ne nous sert jamais. Par contre, vous serez au moins averti et armé ;  vous pourrez essayer de vous prémunir par tous moyens.

Ce que je vais vous raconter en quelques posts sur un blog peut détruire vos vies pour toujours et ce n’est pas parce que je suis entière aujourd’hui que je suis un exemple à suivre. Je n’en tire pas de fierté. Malheureusement, la plupart d’entre nous n’en sortira pas indemne, c’est pourquoi il vaut mieux travailler à l’éviter et être prévenu.

Actuellement, je suis encore à l’intérieur du « piège » mais j’y reste plus librement qu’on ne pourrait l’imaginer car il est viable contre toute attente ; mais c’est le contre exemple parfait. Encore une fois, il vaut mieux l’éviter que de tabler sur le 0,001% de chance que ce soit supportable. Pour ma part, par delà le bien et le mal, j’ai accepté cet état de fait depuis 3 années comme étant une épreuve supplémentaire de ma vie, je l’observe avec une philosophie travaillée chaque jour et je pratique une méditation personnalisée sur mes sujets de vie. Je parle de méditation personnalisée car la méditation telle qu’on la présente dans le « commerce » ne me convient pas, je n’y arrive pas, je me sens alors dans une sorte de concours où je dois être la meilleure et ce n’est pas mon but. Mon but, c’est de comprendre ce qui m’est arrivé, de l’accepter et de vivre avec, d’en assumer pleinement et le plus sereinement possible les conséquences sans altérer mon état mental, mon moral et mes principes de vie.

Dans ma maison ensoleillée, calme et éloignée de tout et de tous, d’où je peux admirer l’eau scintillante du Bosphore, je me suis fixée comme presque unique mission de vous éviter ce parcours de la combattante, un parcours où je n’ai pu être en paix avec personne, pas même avec moi-même. Je voudrais vous l’éviter, à vous qui pourriez connaître la même situation que moi parce que le piège dans lequel je me trouve n’est pas une situation d’avenir pour l’Humanité, ni même pour la société même libérale dans laquelle j’ai la chance de vivre dans cette période de l’Histoire.

Mais tout commence par le drame qui se tint le 17 octobre 1993. Bons baisers d’Istanbul.

 

« Watch your breath »

Bonjour, c’est Nina.

Alors que j’étais bien installée dans mon fauteuil business d’Air France à destination de Rio de Janeiro, je vis apparaître celui qui allait changer la tonalité de mon voyage. Un homme habillé d’un « kesa » ocre attaché sur son épaule gauche traversa la cabine avec son petit sac damassé pour rejoindre sa place. Il était seul dans sa catégorie, aucun autre personnage habillé de la sorte n’apparut ensuite. Cela m’intriguait et j’avais 11 heures pour découvrir qui il était.

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Lorsque tu pars à Rio de Janeiro, tu penses d’abord aux 3C : Copacabana, Caïpirinha, Carnaval. Et cette fois pourtant, je partis pour un voyage bouddhiste comme jamais je n’avais expérimenté, même en approchant les moines au Laos, en Thailande. Lorsqu’ils sont en groupe, il semble qu’on ne puisse pas vraiment les aborder. Celui-ci était seul et donc « à ma merci ». J’allais pouvoir poser toutes les questions.

Une fois le repas terminé, alors que tout le monde commençait à s’installer pour dormir, je me suis levée et je suis partie à la recherche de « mon » moine. En passant dans la cabine intermédiaire déjà éteinte, nombre de personnes étaient déjà endormies ou sur le point. Dans la cabine économique, c’était plus remuant. Le manque de place et de confort évident ne permet pas de s’installer aussi facilement et il faut mourir de sommeil pour s’endormir. Alors les petits écrans éclairent la cabine, des tas d’images animées multicolores, des pieds et des bras qui dépassent, des têtes dodelinantes, des visages épuisés. La cabine n’était pas encore apaisée.

Je découvris pourtant facilement mon moine. Il était assis au bord de l’allée, écran éteint. Il avait le corps et le visage recouverts d’un tissu, je ne pouvais pas le voir et pourtant j’étais sûre que c’était lui. Je ne voulais pas le réveiller bien sûr. Alors j’attendis non loin des toilettes qu’il se passe quelque chose, me maudissant presque de ne pas être venue plus tôt.

Je m’amusai à regarder ce que faisaient les passagers pendant quelques minutes. Des enfants se battaient pour savoir qui serait à côté de Papa. Une grosse dame un peu trop parfumée m’avait bousculé une première fois pour rentrer dans les toilettes et c’est sans ménagement qu’elle recommença en sortant. Un couple se disputait à voix basse non loin de moi et me mettait mal à l’aise. Je n’avais pas vraiment envie de rester là, c’était un endroit sans paix et je me sentis fatiguée. J’eus l’envie de fuir à ma place et de me plonger dans un de ces films qui m’apporteraient le sommeil. Je me promis encore quelques minutes. Tout cette agitation aurait raison de « son » sommeil…

Une hôtesse me demanda gentiment si je voulais quelque chose. Et comme je parlai avec animation avec elle, certainement atteinte de la même agitation contagieuse que tous les passagers autour de moi, je vis passer le moine à côté de nous et se diriger vers le fond de la cabine. Je m’excusai et le suivis.

Alors que j’allais lui parler, il me coupa et me dit quelque chose que je ne compris pas. Je fus obligée de le faire répéter et j’entendis : « Watch your breath ». Il me l’a tellement répétée pendant les quinze jours qui ont suivis qu’aujourd’hui, je me sers de ce mantra pour ma méditation.

Même si je ne l’ai pas compris à l’instant, vivre l’instant présent, c’est prendre conscience de son souffle. Toute la vie est dans le souffle. Spéculer sur le passé utilise des forces inutilement. Imaginer l’avenir est vain.

Et vous le savez. Nous savons tous parfaitement qu’on ne peut rien changer du passé même si lorsque vous parlez avec votre psychologue, la seule chose que vous lui demandez en fait est d’effacer tout ce qui vous a rendu mal. Or cela ne se peut pas. Vouloir que le passé n’ait jamais existé en l’état est énergie dépensée à mal escient. Laisser le passé au passé est la seule solution. Pour nous aider à pratiquer, dites vous que toute votre vie est dans le souffle que vous êtes en train de vivre, actuellement. Vous êtes vivant parce que votre souffle est. Votre durée de vie est dans le souffle. Peu importe de savoir l’âge que vous avez (votre passé) ou bien jusqu’à quel âge vous allez vivre (le futur). Votre vie est dans le souffle.

Quant à l’avenir, vous êtes bien placé pour savoir que tout ce que vous aviez prévu ne s’est pas passé comme prévu. Il est bien vain d’essayer de l’imaginer car il est également le souffle présent. A chaque instant, vous devez percevoir la beauté de l’instant grâce à la conscience de votre souffle : « Watch your breath » (avec l’accent indien, roulez les « r »).

Vous pouvez organiser le présent pour préparer la richesse future, les titres futurs, l’année prochaine; vous ne pouvez rien organiser pour acquérir les étoiles et les montagnes, la lune et la fleur, le moindre brin d’herbe. Et pourtant tous sont là pour être appréciés à chaque instant. Watch your breath.

Enfin pour illustrer ce propos, une parabole bouddhiste très jolie pour savoir si vous savez apprécier le présent :

Vous rencontrez un tigre dans la jungle (je sais, là où vous êtes, il n’y a pas de jungle et encore moins de tigre), faites un effort 😉 Vous rencontrez un tigre et vous courez vers une liane accrochée à une falaise, vous grimpez suffisamment haut pour que le tigre ne vous atteigne plus. Mais une souris se met à ronger la liane depuis en haut. La liane en devenant plus fragile commence à se détendre et vous perdez quelques mètres. Watch your breath. Devant vous, un petit arbuste avec des framboises si belles que vous vous mettez à les manger en appréciant leur parfum délicat. 

Vous avez chéri l’instant présent. Vous êtes sur la voie. 

J’ai encore beaucoup de travail pour arriver à manger les framboises mais je m’entraîne chaque jour. Et vous ? Comment arrivez-vous à vous souvenir qu’il faut penser à l’instant présent ? Quels sont vos déclencheurs ?

Bon dimanche de Nantes.